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L’expérience des cabanes

samedi 11 juin 2005, par GM

L’autorité m’est insupportable, la dépendance invivable, la soumission impossible. Après un petit chemin de terre, dans une forêt de châtaigniers de Dordogne, un îlot surgit. C’est celui de Félix, de son jardin et de ses figuiers.

Félix est installé depuis une douzaine d’années dans ce lieu situé plein sud. Ancien employé, il vivait avant en ville jusqu’à ce qu’un accident de voiture bouleverse sa vie. Gravement malade, ne pouvant plus payer ses loyers, n’ayant qu’une modeste pension, il achète pour un franc le mètre carré un petit terrain bien exposé. Il dit que le premier jour, lorsqu’il s’est couché sous un pin, il s’est enfin senti libéré. Il a construit une serre pour 300 francs et s’y est installé avant de commencer à construire sa cabane avec la pension qu’il reçoit.

Le but de Félix est d’arriver à être autonome : "Ne plus prendre la voiture pour acheter de la bouffe industrielle car elle me rend malade. Je veux pouvoir être complètement autonome aussi bien du point de vue toit que nourriture". Il y arrive pratiquement. Félix a une volonté d’auto-suffisance. Il fabrique tout lui-même, le plus possible : conserves, séchage de fruits, pain, arbres fruitiers (greffes, plantations), grand potager, poulailler, chèvres, ramassage des produits de la forêt (champignons, châtaignes, noix). Il fait tout seul ses vêtements.

Pour le moment, il rêve d’agrandir sa cabane avec une pièce troglodyte. Il n’écrit rien et ne dessine rien. Tout est dans sa tête et cela n’arrête pas de grandir, d’évoluer, de s’améliorer. Il "encourage ceux qui veulent s’en sortir et rester libres". Il vient d’aider un homme à acheter un terrain pour poser sa roulotte, aide une amie, ainsi qu’une famille à s’installer. "Ça bavarde beaucoup dans le coin car ils ont peur qu’il n’y ait ici que des marginaux".

Pourtant de nombreux vieux du village lui font confiance en vendant, aux personnes recommandées par Félix, des terrains pour une bouchée de pain. "De toute façon, ils ont peur de moi au village, même les gendarmes ont peur, alors ils me foutent la paix et je peux continuer à aménager mon territoire et vivre librement." C’est le soir. Installé dehors près du feu, Félix mange lentement des marrons bouillis sous le regard de ses chèvres naines.



Voir en ligne : Lerecoursauxforets.org

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