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Tenter de ne pas penser

dimanche 24 février 2008, par GM

C’est une expérience vers la limite. Ne pas penser du tout, dès lors qu’on est éveillé et en possession de ses moyens, on n’y arrive pas, ou fort peu de temps. Il ne peut donc y avoir que des tentatives. Mais elles se prolongent plus ou moins loin. Elles s’approchent plus ou moins de l’impossible. Pourquoi ne pas penser est-il impossible ?

- Expérience : N°38
- Durée : 10 à 30 minutes
- Effet : nul

Une telle expérience nous tirerait hors de l’humain, nous ferait échapper au grouillement incessant de langage. Nous basculerions du coté de l’hébétude, de la vie pure, instantanée, animale. Ou bien, ce qui peut revenir finalement au même, nous tomberions du coté divin, sans fond, abyssal, mutique.

Il se pourrait que la pensée soit un bricolage de l’entre-deux. Ni tout à fait divine ni seulement hébétée. Une certaine façon de ramer entre l’éternité et l’instant. Ou bien entre le silence et les mots, la présence et l’absence, l’etre et le néant...

En tout cas, ça ne s’arrête pas définitivement. Il ne peut être question que d’interruption passagères, circonscrites. Elles sont possible, elles valent d’être expérimentées. Pour s’y aventurer, il faut opérer petit à petit. Par tranches, par étapes. La première conditions est de ne pas se crisper, de laisser faire. La volonté, ici, ne peut agir que de biais, de manière indirecte. Ce n’est pas un projet qu’il s’agit de réaliser, et il n’est pas souhaitable, on s’en doute, de penser qu’on ne pense pas. Mieux vaut savoir qu’on échouera. On sera toujours, à un moment ou à un autre, rattrapé par une pensée. L’échec est sur. Tout progrès a donc une valeur en soi.

L’entrainement le plus efficace consiste à laisser passer les pensées. Ne pas les empêcher (c’est impossible), ne pas s’y accrocher (c’est possible). Considèrent leur passage comme celui des nuages, inévitable et lointain. Pratiquer l’indifférence du ciel. Se faire clair, obstinément, sans prendre garde à ce qui défile. Rester dans le bord, en dessous du cadre, l’œil ouvert sur ce qui est devant. Et c’est tout. Avoir encore des sensations (les couleurs, la lumière, le souffle, le peau, les muscles, les bruit alentour), mais ne pas les intégrer dans une conscience, a fortiori dans une idée ou un discours. Et finalement certaines fois, par brides, parvenir à avancer jusqu’au ciel clair, à la lumière vide, sans agitation, sans forme.
Ces courtes réussites peuvent avoir de longues conséquences. Leurs répercussions vont fort au-delà des moments ou elles ont lieu. Même s’il est unique, elles demeurent.


Roger-Pol Droit



Voir en ligne : Rpdroit.com

2 Messages

  • Tenter de ne pas penser Le 5 janvier 2010 à 19:24

    bonjour

    je ne suis qu’un adolescent de 15 ans mais je trouve vos articles vraiment passionnant je voudrais en savoir un peu plus si possible sur comment prolonger le temps de ne pas penser. Y-a-t-il un moyen ?

    merci

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    • Tenter de ne pas penser Le 28 janvier 2010 à 00:13

      Bonjour,
      Votre étude et vos conseils sont intéressants, je viens d’y tomber dessus par hasard. Les sciences cognitives ce développe de manière très rapide, moi même étant dans une université, j’étudie ses effets, conséquences et applications.
      Il se trouve que l’état que vous cherchez à atteindre n’est pas un état de stabilité. Je fais les frais de ce phénomène à la différence que je n’ai suivie aucun de ces entraînement. Pour vous dire le fin mot, je n’ai jamais chercher dirons nous consciemment de stopper le flot de pensés qui se déverse en moi. Malgré cela, depuis 4 ans j’observe ces coupures psychiques. Ces états me perturbent énormément et sont la base d’une difficulté de concentration en cours ou dans tout autre activités rédhibitoire. Il se présente par parcimonie, c’est un état extrêmement ambigüe où l’on ne fait rien, où l’on ne n’entreprend rien, où l’on ne ressent rien, où l’on ne pense pas. Le problème n’est pas vraiment dans le fait propre de ne rien faire même si à terme, cela peut provoquer une perte d’efficacité neuronal mais, le problème réside dans le fait de pouvoir contrôler la sorties de ces états là, pouvoir ce déconnecter je suis d’accord, mais connaitre le moyen de revenir dans la réalité ambiante est une toute autre entreprise. Quand votre cerveau reçoit des informations, que vous lui dite de réagir !! Que vous lui dite de penser !! Mais que le résultat n’arrive pas, et bien la panique s’installe et alors les paramètres instinctifs du corps reprenne le dessus pour nous ramener en quelques sorte. Pendant cette lutte contre nous même, nous avons perdu du temps précieux, auquel nous perdons tout contrôle et donc à ne pas pratiquer comme jeu, une fois cette état atteint, le cerveau mémorise instinctivement la méthode d’y parvenir, à chaque coupures, la prochaine est plus facile. Le cerveau semble ce réfugier pour ma part dans cette état quand mon niveau de stresse augmente violemment en un labs de temps très court. Cette état est tentant je l’accorde, rien ne vous oppresse, rien n’est important, rien ne peux vous atteindre, c’est une sorte d’harmonie. Mais réfléchissais bien, vous l’avez pour toujours acquis, le cerveau n’oublie pas les moyens de faignanter aussi facilement et il ne vous demandera pas votre autorisation pour si mettre, même en plein partiel ou simplement en plein cours.

      En vous souhaitant une agréable fin de soirées.
      Cordialement AMI

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