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Les piscines biologiques

samedi 30 décembre 2006, par GM

Fini le chlore et les produits chimiques, place à la filtration minérale et aux bactéries épuratives. Avec vingt ans de décalage par rapport à la Suisse ou à l’Autriche, les étangs de baignade et les piscines Bio arrivent dans nos jardins.
Petit état des lieux avant de plonger dans le grand bain.

Non la piscine n’est pas obligatoirement un petit rectangle bleu dont on ressort les yeux rougis et la peau parfumée au chlore.
Il existe des alternatives écolo au traitement chimique de l’eau qui, sous prétexte de débarrasser votre bassin de toutes trace de bactéries, provoque à terme des problème oculaires, pulmonaire, éventuellement dermatologiques. Le principe des piscines bio également appelées bassins ou étangs de baignade, est simple : il s’agit de laisser agir la nature dans le processus d’épuration de l’eau.
Il faut donc recréer en circuit fermé un écosystème basé sur le cycle d’autoépuration qui préside à l’équilibre naturel d’un plan d’eau. Une filtration minérale et des végétaux épurateurs remplacent les produits chimiques.
Les parois du bassin peuvent être cimentées, en bois ou en terre mais toujours recouvertes d’un liner pour l’étanchéité. On trouve aujourd’hui des liners en polypropylène modifié, chimiquement neutre, recyclable et sans effet sur l’eau.

- Le système de base

Une piscine bio nécessite deux à trois fois plus de surface au sol qu’une piscine classique, car la zone de natation s’accompagne d’une zone d’épuration et de régénération. Il s’agit d’un étang composé de végétaux aquatiques plantés sur un substrat minéral fait de couche de graviers de granulométries différentes.
Entre ces deux zones, l’eau circule librement. Les particules organiques vont traverser ce filtre minéral et les bactéries contenues dans ce substrat vont les transformer en éléments nutritifs pour les plantes aquatiques. L’eau ainsi débarrassée de ces impuretés pourra alors revenir dans le bassin de baignade.

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Ce schéma simplifié connaît bien des variantes selon la taille du bassin, le terrain ou il est implanté et le climat.
Première difficulté, trouver le bon équilibre entre les dimensions du bassin, le nombre de baigneurs et la capacité d’épuration des filtres minéraux, végétaux et mécaniques. Un tel dosage est affaire de professionnel.
Les rares particuliers qui se lancent dans l’aventure solo font souvent appel à des spécialistes pour corriger le tir. D’une manière générale, retenez que plus le bassin est petit plus l’équilibre est difficile à trouver et plus l’apport technique est important, car les végétaux ne peuvent pas à eux seul épurer l’eau. Il existe aujourd’hui plusieurs technique brevetées en Suisse et en Autriche, des pays ou plus d’un milliers de piscine écologiques ont vu le jour ces vingt dernières années. En France, on ne doit guère dépasser la centaine de bassin. Mais ce chiffre pourrait tripler d’ici un ans ou deux.

- Filtration par le fond du bassin

Conçu en Suisse, Bioteich est le système le plus connu, avec une trentaine de bassin déja installés. C’est aussi celui qui demande le plus d’espace, car il se compose de trois zones distinctes de taille équivalente : Une zone de baignade, une zone d’épuration et une zone de régénération.
Le bassin de baignade possède des skimmers en surface pour éliminer les grosses impuretés. Mais la filtration principale se fait par le fond du bassin. Celui-ci est relié au bassin d’épuration par une colonne de décantation.

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Les particules organiques lourdes se déposent en fond de colonne (à purger tous les cinq ans) alors que les particules organiques plus légères remontent dans le bassin d’épuration à travers un substrat minéral planté de végétaux aquatiques (joncs, phragmites, carex).
Ces substances organiques minéralisées sont assimilées par les plantes. L’eau est ensuite envoyée par une pompe (renouvellement de l’eau en 10h ; il existe aussi des pompes solaire !) en haut d’une cascade ou d’un ruisseau artificiels pour s’oxygéner au contact de l’air. Elle passe enfin dans un bassin de régénération qui contient des végétaux épurateurs et oxygénants (iris d’eau, myriophylum). A ce stade, on peut ce baigner. Elle peut alors retourner dans le bassin de natation. Coût d’une telle installation, environ 40 000 euros pour une piscine de 32m2...

- Bioteich

Bioteich peut s’enorgueillir d’avoir installé le premier - et jusqu’à aujourd’hui le seul plan d’eau biotope de France à Combloux, face au mont Blanc. Ce bassin expérimental accueille 500 baigneurs par jour depuis l’été 2002 !

- Débordement et filtres enterré

Inventé par le biologiste autrichien, le procédé BioNova se contente de deux zones, baignade et régénération, d’égales dimensions, séparées par un mur immergé composé de sacs de gravier. Les berges de la zone d’épuration sont là encore plantées de végétaux. L’ensemble des impuretés flottantes à la surface est absorbé par une rigole de débordement. La circulation de l’eau se fait par gravité. Elle est envoyée dans un filtre enterré qui constitue l’un des secrets du brevet. Une pompe la renvoie ensuite au bassin de baignade. La surface engagée est moins importante puisqu’une partie de l’épuration se fait sous terre. Comptez 35 000 euros pour 40m2 de bassin.

- Filtre végétal et carbonateur

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Les piscines Biotop, là encore d’origine autrichienne, se composent de deux zones, séparées par un mur immergé qui s’arrête à 20cm sous la surface de l’eau. Dans la zone de régénération végétalisée et minéralisée, il est possible d’incorporer un filtre végétal qui permet d’obtenir une eau très clair, ainsi qu’un carbonateur qui lutte contre les algues. Ce dernier est relié à une pompe souterraine qui injecte l’air dans l’eau du bassin. Cette aire abaisse le PH de l’eau et donc les algues. Coût de 50 000 pour 50m2.
Citons également le réseau Référence-Nature qui, outre les filtres minéraux et végétaux, utilise les ultraviolets pour éliminer les bactéries en suspension.

- Un lieu de vie !

Les piscines bios peuvent contenir des débris de végétaux et une fine couche d’algues et de sédiments qu’il faudra nettoyer de temps à autre. Les algues ne traduisent pas une mauvaise qualités de l’eau mais simplement une forte présence d’élément minéraux (nitrate, phosphore...) Enfin ne vous étonnez pas si votre bassin reçoit la visite de grenouilles ou de libellules. Au premier plongeon, ces espèces retournerons dans la zone de régénération (cette présence animale empêche la prolifération des moustiques) en revanche les poissons sont déconseillés. Il est possible d’en avoir quelques-uns pour les regarder en nageant, mais un trop grand nombre bouleverse l’équilibre à cause des déjections. En basse saison, vous devrez effectuer un peu de jardinage aquatique et votre piscine se transformera en bassin d’agrément. Il s’agit néanmoins d’un investissement conséquent réservé aux gros revenus. Mais comme l’atteste les autoconstructeurs, il est tout à fait possible de réduire au moins par dix le cout d’une piscines écologique sans se baigner pour autant dans une mare !

- Autoconstruction d’une piscine écologique

- Rechercher un emplacement : de préference un terrain en pente douce, facile à creuser, éloigné des arbres et bénéficiant d’environ 8 heures d’ensoleillement par jour.

- Creuser jusqu’a la profondeur désirée en formant des terrases d’une largeur minimum de 1.30m là ou se trouveront plantes et graviers. Imperméabiliser le trou sauf si la nappe phréatique est atteinte.

- Pour assurer l’étanchéité, 4 types de matériaux sont envisagables : l’argile (uniquement si votre terrain est deja argileux), le caoutchouc synthétique (EPDM), les bassins préformés en plastique ou fibre de verre, ou le béton.

- On pose la couche étanche après avoir vérifié que les bords sont de niveau, puis on intalle un trop-plein.
Aménager ensuite les bords.

- Installer la pompes, les tuyaux et le drain. Ajouter l’argile (1 m2 pour 100 m2 d’eau), la pouzzolane, et les graviers.

- Remplissez d’eau et priviliez une large variété de plantes (dont des plantes immergées pour oxygéner, des iris et des roseaux pournettoyer), et assurez-vous qu’elles sont à la bonne profondeur.

- Attendre que la vie s’y installe (environ 4 mois) : daphnies, araignées d’eau, libellule, escargots aquatiques, grenouilles, rainettes, tritons, etc.

NB : la version ainsi décrite est trés simple. De la vase se déposera au fond et les algues flottantes peuvent apparaitre. Créer éventuellement un courant de surface (du bassin de baignade vers la zone de lagunage) par un débordement afin d’éliminer tout ce qui flotte. Pour la vase, un drain en serpentin couvert de galets est intéressant.

- Un bassin de baignade experimental

Stefano Comolli a construit lui-même son bassin de baignade il y a deux ans pour un prix imbattable : un peu plus de 3000 €. "70m2 sont consacrés à la baignade et 50 m2 à la zone de régénération, ce qui, je l’avoue est un peu juste, explique Stefano. J’ai creusé un bassin de 2 m de profondeur au tractopelle, remodelé les murs avec de la terre et recouvert le fond et les parois par 1mm de bâche en PVC qui, si elle est protégée des UV devrait tenir au moins 25 ans (on peut bien sûr privilégier d’autres types de membranes synthétiques plus écologiques, ndlr). Autour j’ai creusé des couloirs, séparés du bassin par un mur de béton immergé. Un ensemble de plantes aquatiques achétées chez un pépiniériste spécialisé, des iris, des élodées ou des papyrus y poussent. C’est une ceinture végétale filtrante. Entre les couloirs et la zone de baignade, l’eau circule librement en surface sur une hauteur de 5 cm. Rien d’autre et pourtant, ça marche" !

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Précisons que Stefano a installé une grande cuve enterrée pour récupérer le trop plein de la piscine (110 m2 de surface) et de l’eau de pluie collectée sur le toit de l’abri piscine (40m2). Une pompe, (qui sert aussi pour le potager) y puise l’eau nécessaire à maintenir stable le niveau du bassin de baignade. En théorie, l’ajout d’eau du robinet n’est pas nécessaire, mais depuis 2003 les précipitations sont tout juste suffisantes.
Stefano ajoute que son bassin est expérimental et qu’il doit faire ses preuves sur le long terme. L’équilibre reste fragile. L’hiver, il nettoie le fond et enlève environ 1 cm de vase et d’algues déposées. "Mais je ne suis pas inquiet, La rainette, la libellule et le trition sont là. Or ce dernier ne vit que dans des eaux très propres. C’est bon signe".



Réaliser par Stéphane Perraud pour le magazine n°27 de La maison écologique



Voir en ligne : La-maison-ecologique.com

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