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Le mouvement hippie

dimanche 24 septembre 2006, par GM

Le mouvement hippie était un courant de contre-culture apparu dans les années 1960 aux États-Unis avant de se diffuser dans le reste du monde occidental. Les hippies avaient pour but un style de vie marginal, communautaire ou nomade, renonçant au nationalisme corporatiste.

Les hippies au pouvoir

"L’Amérique, en ce temps-là, recrutait ses soldats via la conscription (le draft). L’armée n’étant pas professionnelle, elle engageait désormais les jeunes de la société civile. C’était une vraie loterie. Ceux donc qui voulaient échapper à cette épouvantable guerre du Viêt-nam n’avaient qu’une idée en tête : entrer à l’Université un peu n’importe où, ou s’enfuir aussitôt au Mexique ou au Canada, soit enfin jouer la carte de la paix, se laisser pousser la barbe et les cheveux, fumer des joints en lançant des incantations à Bouddha ou à un dieu hindou, et s’en aller en combi VW sur les routes de l’Inde et de Katmandou.

L’Amérique, sous John F. Kennedy (1960-1963), avait envoyé au Viêt-nam ses premiers conseillers. Assez vite, n’eût été l’obstination du ministre de la Défense, Robert McNamara, le Président les eût bien retirés, mais l’avenir ne lui donna pas raison. Des bataillons entiers commencent à être envoyés sous le 17e parallèle. La mécanique militaro-industrielle est en marche, implacablement. On envoie les canons, la chair suivra.

C’est alors qu’une nouvelle « contre-culture » naît dans ce pays. Les premiers hippies - de « hip », informé, branché -, ceux qu’on nomme les enfants-fleurs, vivent à San Francisco en 1967 leur premier « summer of love », tandis qu’éclatent à Los Angeles de graves émeutes raciales. Les Noirs, faut-il dire, sont envoyés au Viêt-nam en première ligne. Ils n’ont guère d’autres ressources. Ils mourront les premiers, mais aussi les derniers, n’endurant l’horreur qu’en vertu de l’« héroïsme » du shit (haschisch).

Aux Etats-Unis mêmes, les premiers hippies commencent à s’installer à San Francisco, dans le quartier de Haight Ashbury. C’est le temps de Bob Dylan et du LSD. Les grands prêtres de l’époque, Timothy Leary, Allen Ginsberg, William Burroughs et Jack Kerouac déclarent ouverte la révolution psychédélique. Tandis que les Beatles décrètent incongru tout rapport acide avec Lucy in the Sky with Diamonds...

Subversion par le bonheur

Les hippies, qu’on peut aussi bien confondre avec les beatniks et les freaks, étaient nés, dès avril 1958, des hipsters. Des pacifistes en un mot, objecteurs de conscience le plus souvent, sinon même anarchistes. « Etre hip, lit-on dans la récente réédition de « l’Aventure hippie » (J.-P. Bouyxou et P. Delannoy, 10/18), c’est aussi être anti-commercial, anti-intellectuel, anticulturel. » Ils professent une subversion par le bonheur. Ils rêvent de croissance zéro, de retour à la nature, de décloisonnement social. Ils sont bien entendu des réfractaires antinucléaires.

Ils portent des saris hindous, des chemises indiennes, des ponchos incas, des gilets afghans, des sacs à franges, des colliers d’argent du Rajasthan, des bracelets de turquoises hopi, des pantalons mexicains sertis de sequins, des sandales thaïes aux pieds, et un bandana de Comanche autour du front. Les filles auront un teint de henné et les yeux soulignés de khôl. « C’est le retour du sauvage au coeur de la cité. » Mais c’est peut-être surtout, encore bien davantage, l’appel à une grande culture universelle, à une sagesse de tous les mondes, à une philosophie qui transcendrait tous les clivages. Les hippies prennent le meilleur des choses, sinon ils jettent. Ils sont les précurseurs des nouveaux mondes, et en cela d’ailleurs, ils feront trembler l’énorme establishment en costume gris. Mais qui dit contre-culture dit forcément contestation : « Ils ont du mal à se définir autrement qu’au regard du système qu’ils renient. »

Bob Dylan chantait déjà : « Everybody Must Keep Stoned ». La défonce, en argot américain. Annonciatrice bientôt du voyage (trip), base même de la culture hippie, et du flip qui s’ensuit, son plus intime ennemi. La peur, l’angoisse, le manque, jusqu’à la crise d’épilepsie ou de cata-lepsie. Car rien n’est décidément parfait en ce bas monde.

Tandis qu’en France, les Situationnistes comme le Belge Raoul Vaneigem (alias Jules-François Dupuis), auteur d’un « Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations » qui sèmera le désordre dans les écoles, universités et dortoirs de la France entière, et le Français Guy Debord, récemment suicidé, et auteur quant à lui de « la Société du spectacle », tiennent le haut du pavé, les étudiants français à leur tour collent le feu aux barricades parisiennes lors d’un Mai 68 calciné. L’image restera d’un jeune homme nommé Daniel Cohn-Bendit toisant avec malice un agent des forces de l’ordre. C’est le temps où l’on crie, rue Gay-Lussac, « CRS SS », « Vivre sans temps mort, jouir sans entraves », « le droit bourgeois est la vaseline des enculeurs du peuple. » Les Situs ajoutant pour leur compte l’impérieux besoin de « détruire, par tous les moyens hyper-politiques, l’idée bourgeoise du bonheur ». Et soufflant dans leur jovial trombone que « l’humanité ne sera heureuse que le jour où le dernier bureaucrate aura été pendu avec les tripes du dernier capitaliste. »

Oser rêver, oser agir

Il devient alors interdit d’interdire, on veut « tout tout de suite ». Debord, dix ans plus tard, aura ces mots jolis :

« C’est un beau moment, que celui où se met en mouvement un assaut contre l’ordre du monde. » Les Américains, avec le marécage vietnamien en toile de fond, scandent plutôt : « Faites l’amour, pas la guerre... » Non sans ironie, avec plus d’humour à vrai dire que de naïveté. Façon de dire aux cow-boys qui les gouvernent - Johnson puis Nixon : « Non, je n’irai pas au Viêt-nam. Allez-y, vous ! »

En décembre 1967, au lendemain du fameux « été de l’amour », Jerry Rubin et Abbie Hoffman fondent le Youth International Party (YIP). De là viendront les « yippies », ceux auxquels Jerry Rubin intimera l’ordre de « le faire » : « Do It ». Oser, oser rêver, oser agir. Passage à l’acte, en un mot. Un acte aux couleurs de la paix, « Peace and love », qui donne le ton à une très vaste génération de baby-boomers.

Ça devient l’hémorragie sociale, comme disent Bouyxou et Delannoy. La jeunesse déferle, se révolte et se barre. John Lennon, apaisé par les vertus d’on ne sait trop quelle plante, pose ce commentaire sage et laconique : « Nous étions tous dans le même bateau dans les années 60. Un bateau qui partait découvrir le nouveau monde. » Tandis que Bob Dylan, relisant son poète préféré Dylan Thomas, gratte sa guitare au Village, à New York, dans l’espoir d’un nouvel air déchirant.

Il avait été prophète avec « The Times They Are a-Changin’ ». L’onde de choc s’était répercutée à travers toute l’Europe, de Paris à Amsterdam, où les Provos avaient instauré le règne de la bicyclette blanche disponible à qui en eût voulu. L’expérience fut naturellement de courte durée. Mais les Etats-Unis vivaient certainement une manière de révolution avec cette guerre totale déclarée à l’impérialisme américain. Comme la France, peut-être, deux livres l’avaient secouée. Celui d’Allen Ginsberg, en 1956 : « Rugissement » (Howl). Et celui, porte-étendard s’il en fut, de Jack Kerouac l’année suivante : « Sur la route » (On The Road). Loin avant l’« On the Road Again » de Canned Heat.

Signe des temps, d’énormes intellectuels américains - Marcuse, Chomsky, Ferlinghetti, W. Reich - s’étaient alignés sur le front de la libération. Mais qui aura mieux dit que le poète-philosophe Alan Watts l’enjeu de cette époque. « En notre temps de crise écologique, nous livrons un combat décisif. D’un côté, les gens qualifiés de droits, de réguliers, carrés (cubiques ou angulaires), classés, diplômés et payés pour l’être. (...) De l’autre, les bohémiens, les flâneurs, les fous, les fantaisistes, les excentriques, les bienheureux, les prostituées, les vagabonds et les hippies. (...) Les premiers admirent les machines et rivalisent avec elles. Les seconds ont emprunté aux plantes et aux animaux leur organisation ondoyante et luxuriante. »

Ainsi avait été l’utopie hippie. Ultime rêve fou d’une autre vie au crépuscule d’un XXe siècle torturé. Elle au moins avait osé rêver d’un pays imaginaire où un gouvernement idéal régnerait sur un peuple heureux. Il aurait suffi d’une allocation universelle et de transports gratuits pour réaliser à moindres frais le voyage sur la lune. Et il aurait ainsi manqué peu de chose pour vivre, de la sorte, ailleurs et autrement."



Voir en ligne : Wikipedia.org

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