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L’île d’Utopie de Thomas More

dimanche 24 septembre 2006, par GM

Le mot "utopie" a été inventé en 1516 par l’anglais Thomas More. Il signifie, en grec "qui ne se trouve en aucun endroit". Ce diplomate humaniste, chancelier du royaume d’Angleterre, décrivit une île merveilleuse qu’il nomma Utopia et où regnait une société sans impôt, sans misère, sans vol.

Avec « Utopia », le philosophe anglais conçoit en même temps un non-lieu et lieu de bonheur à l’abri de toute tyrannie. Un « Éloge de la sagesse » en écho à « L’Éloge de la folie » d’Erasme. Il pensait que la première qualité d’une société utopique était d’être une société de liberté. Il décrit ainsi sa société idéale : 100 000 habitants vivant sur une île. Les citoyens sont regroupés par familles. 50 familles forment un groupe qui élit son chef, le syphogrante. Les sygrophantes forment eux-mêmes un Conseil qui élit un prince sur une liste de quatre candidats.

Le prince est élu à vie mais on peut le démettre s’il devient tyran. Pour les guerres, l’île d’Utopia utilise des mercenaires : les Zapolètes. Ces soldats sont censés se faire massacrer avec leurs ennemis durant la bataille. Comme ça l’outil se détruit dès usage. Il n’y a pas de monnaie, chacun se sert au marché en fonction de ses besoins. Toutes les maisons sont pareilles. Il n’y a pas de serrure et tout le monde est obligé de déménager tous les dix ans pour ne pas s’enraciner. L’oisiveté est interdite.

Pas de femmes au foyer, pas de prêtres, pas de nobles, pas de valets, pas de mendiants. Ce qui permet de reduire la journée de travail à 6h. Tout le monde doit accomplir un service agricole de deux ans. En cas d’adultère ou de tentative d’évasion d’utopia, le citoyen perd sa qualité d’homme libre et devient esclave.
Il doit alors travailler beaucoup plus et obeir. En 1535, Thomas More est si sûr de lui qu’il se permet de critiquer dans un monde trop réel le divorce du roi d’Angleterre Henry VIII. Le monarque le fit aussitôt emprisonner et décapiter.

More, au fond, crée un genre nouveau sur un sujet connu depuis les Grecs, celui de la cité idéale. La question dès lors était de savoir comment réaliser sur terre une société égalitaire, juste et heureuse, fiction et politique formant une conjonction inédite. Le mot même Utopia est conçu par More lui-même à partir du grec : soit ou, préfixe privatif, et topos, lieu. Autrement dit : non-lieu, nulle part. D’ailleurs, le titre complet est-il à lire comme suit : « La nouvelle forme de communauté politique et la nouvelle île d’utopie ».

Mais attention ! Outopos, le non-lieu, peut se lire aussi bien eutopos, le lieu du bonheur. Paradoxe apparent puisque ce lieu de bonheur se réclamerait de nulle part, mais que ce nulle part n’en constituerait pas moins un topos. Est-ce bien clair ? Satire, humour, ironie relancent sans cesse la contradiction dans ce réquisitoire contre le mal. L’utopie, en effet, porte elle-même sa critique.

Si l’île se nomme Utopie, le prince en est Adème (le prince sans peuple), la capitale Amaurote, la ville obscure, le fleuve An-hydre, sans eau, le narrateur Raphaël Hythloday, archange diseur de non-sens. Soit un monde à l’envers qui aurait pour dessein de nous faire croire que l’impossible, une société heureuse, a été réalisé ailleurs, dans une île.


« Utopia » se compose de deux livres. Le Livre I, qui est le second en fait, est un réquisitoire contre la société de l’époque et contre le mal. More imagine avoir rencontré à Anvers Raphaël Hythloday, un marin-philosophe portugais qui aurait suivi Amerigo Vespucci dans les trois derniers voyages de découverte. C’est le début d’un récit fantastique où le marin pose entre autres une question fondamentale sur la loi punissant les voleurs de la peine de mort. Elle est inique - et absurde - puisqu’elle punit de la même façon le voleur et le criminel ; elle est de surcroît inhumaine, puisqu’elle ne respecte pas la valeur de la vie ; et inutile en fin de compte puisqu’elle n’a pas réussi à diminuer le nombre des voleurs. C’est le fond même, en condensé, d’un discours beaucoup plus récent d’un certain Robert Badinter sur l’abolition de la peine de mort...

La pauvreté, d’autre part, aurait une cause clairement identifiée, la propriété privée, car le pouvoir est aux mains des économiquement forts qui oppriment les faibles. D’ailleurs, pour éviter les problèmes de propriété, on échangera les maisons tous les dix ans. Ce discours-là, comme on le sait, ne restera pas longtemps en déshérence...
Puis vient le Livre II, écrit en Flandre, qui indique en somme comment peuvent être corrigées les mauvaises institutions de l’Europe. Les ressemblances de l’île avec l’Angleterre sont frappantes. Dieu serait exclu de la création de l’île, celle-ci procédant d’une décision humaine, celle du roi Utopus, qui fit creuser un isthme pour la séparer du continent. Passant de l’état de nature à celui de culture, l’île connaît un haut degré de civilisation et d’humanité qui, étant protégé du monde extérieur, ne peut être contaminé.

La cité est pensée comme un système établi dans la perspective du bien commun et dans le respect de l’individu. Fondées sur l’abolition de l’argent et de la propriété privée, elles garantissent l’efficacité de ce nouveau contrat social et la dignité humaine comme une citoyenneté, en évinçant toute forme de pouvoir personnel et, partant, toute espèce de tyrannie. Il suffirait certes que l’homme y mette un peu du sien. Car les institutions, lit-on par exemple dans le « Dictionnaire des Utopies », « sont déterminées par la volonté de tous. Les cités sont autonomes et gouvernent leurs propres affaires grâce à des magistrats élus à l’année, choisis parmi les Utopiens. »

La famille est la communauté de base. L’organisation de la vie collective planifie le nombre de personnes d’une famille, d’une phylarquie (groupe de trente familles), d’une Cité, mais n’impose pas un nombre limité d’enfants. L’individu solitaire ne jouit, lui, d’aucun statut privilégié. Afin que se maintienne l’équilibre nécessaire à la vie en Utopie, des mouvements sont prévus d’une cité à l’autre, mais aussi vers l’extérieur, pour y créer des colonies de peuplement ou, si l’on veut devenir Utopien. « La guerre, considérée comme une inutile boucherie, n’est admise que pour se défendre ou si les colonies refusent les nouvelles institutions. l’Utopie aspire fondamentalement à la paix. »

La vertu, prêchent encore les Utopiens, « c’est vivre selon la nature et Dieu nous a créés à cette fin ». L’Utopie n’est donc pas athée, au contraire : « s’il y a tolérance des pratiques religieuses les plus diverses, il y a cependant unité dans les principes fondamentaux de la croyance. » La spiritualité que More attribue aux Utopiens s’accorde sur l’existence d’un être suprême, créateur et protecteur du monde, qu’ils appellent Mythra.

L’on voit avec clarté, en définitive, que les contours de l’Utopie se démarquent nettement de ceux du Léviathan de Thomas Hobbes (1651) où, si l’état de nature est celui de la guerre permanente (homo homini lupus), l’instinct de conservation (ou la crainte de la mort violente) conduit les hommes au pacte (ou contrat) social par lequel ils renoncent à leurs droits naturels et les transfèrent à la société, seul un pouvoir absolu - l’Etat Léviathan - pouvant en garantir l’exécution.



Voir en ligne : Wikipedia.org

1 Message

  • L’île d’Utopie de Thomas More Le 11 novembre 2008 à 10:54, par semeuretoiles

    Cette île a existé . son nom est MU .
    Des scientifiques japonnais ont retrouvé une partie des vestiges dans l’océan pacifique .
    Nos médias ( hors internet )ne retranscrivent pas l’information !
    Le souvenirs du paradis terrestre hantent ,la mémoire collective de l’humanité, et tirent leurs origines de là bas . Mais le passé est mort , nous les "survivants" mous devons nous unirent pour reconstruire ce lieu dont le centre est partout et la circonférence nulle part ...

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