Adieu citrouilles [1], soirées théâtre et autres festivals... Pourtant, les sourires sont sur toutes les lèvres. Nico s’affaire derrière le four à pain.
Paco, copropriétaire, installe des projecteurs, tandis que d’autres coupent les légumes en chantant au son d’une guitare. En dépit des circonstances, point de morosité. Parce que Troglobal n’est pas seulement le lieu où s’est installé Ekbalium : c’est aussi un village alternatif... où la créativité peut s’épanouir. "Qu’un tel village existe donne l’impression que tout est possible", raconte Yann, vingt-deux ans, dreadlocks et sourire doux.
C’est à la faveur d’un reportage sur une communauté australienne qu’il découvre qu’il est possible de vivre autrement. "Je suis parti là-bas, et j’ai découvert un monde parallèle à celui que l’on nous impose. Depuis, j’ai tourné dans plusieurs lieux alternatifs en France. J’ai choisi. Je ne me vois pas vivre autrement que comme ça". Nico, casquette de berger et gilet de laine, renchérit : "On a choisi de ne pas se couler dans le moule, de vivre en dehors de la société de consommation".
Pour l’instant EDF alimente toujours le village, et le jardin leur fournit des légumes. Outre la cuisine, le salon et le bar, réunis dans le principal espace, des grottes ont été aménagées en chambres, avec matelas et poêles à bois. Rudimentaire, mais très chaleureux. Paco, lui, habite au milieu de la forêt, dans un dôme géodésique qu’il a construit. Quant à Benoît, l’autre copropriétaire, il habite la seule véritable maison du village avec sa petite fille. Le téléphone, la machine à laver et les douches sont à disposition des habitants ; une dizaine la plupart du temps. Ecologie oblige, des toilettes sèches sont installées à l’extérieur.
Emmanuelle Mayer
[1] Afin de gérer le flux de visiteurs et éviter l’argent, la citrouille est devenue la monnaie officielle du lieu. Mais, trop fragile, le système s’est peu à peu dégradé avant de s’effondrer.